27/08/2009
_Cosmic engineers : A study of hard Science Fiction_
Cosmic engineers : A study of hard Science Fiction : Gary WESTFAHL : Greenwood Press (série "Contributions to the study of SF & F" #67) : 1996 (pour la première impression) : ISBN-10 0-313-29727-4 : 148 pages (y compris index et bibliographie) : coûtait 50 USD pour un HC sans jaquette sur mon exemplaire, qui, au vu de la ligne de chiffres de la page de garde est une deuxième impression.

La Hard Science est, en bon sous-ensemble de la SF, un sous-genre de celle-ci qui pose exactement les mêmes problématiques de définition. De la même façon que l'on s'amuse depuis des lustres à tenter de définir la SF en une jolie expression synthétique, on essaie (certes depuis un peu moins longtemps) d'isoler les caractéristiques propres à la Hard Science. C'est donc Gary Westfahl qui s'attelle à cette tâche dans cet ouvrage paru chez Greenwood, un des spécialistes de l'édition d'ouvrages de référence, essentiellement à destination des bibliothèques.

Organisé en sept chapitres principaux partiellement inédits (ainsi qu'une introduction et une conclusion), ce livre peut se diviser en deux grandes parties. La première est consacrée à la Hard Science "en général" et couvre l'histoire du concept (de Gernsback jusqu'à la fin des années 80), fait participer les auteurs (principalement Hal Clement) en montrant comment ce sous-genre est perçu par ceux-ci et quelles sont les procédures d'écriture qui lui sont propres et revient finalement dans le passé pour découvrir d'autres exemples de HS dans la proto-SF. Cette partie est suivie par trois chapitres consacrés chacun à une oeuvre emblématique : A fall of Moondust (Clarke), Mission of gravity (Clement) et Between the strokes of night (Sheffield). L'ouvrage se termine par une bibliographie (qui ne liste que les ouvrages cités dans le texte et renvoie pour le reste à un article de SFS) et un index.

Comme à son habitude le travail de Westfahl est de qualité, mêlant recherches approfondies et opinions tranchées (voire polémiques). Les parties historiques sur l'émergence du concept au sein de l'ensemble plus vaste qu'est la SF sont particulièrement intéressantes et permettent surtout de ce rendre compte du flou générale qui entoure cette notion de HS. Entre SF relativement rigoureuse à la Anderson, extrapolations scientifiques à la Benford et "TP de physique" à la Clement, on trouve un vaste spectre de textes. Du coup, il n'est pas étonnant que HS soit parfois employé comme simple synonyme de SF, la partie devenant alors le tout.

Malgré ses qualités, deux points principaux m'ont gêné dans cet ouvrage. Le premier est d'ordre strictement mercantile, à savoir que 150 pages (dont 30 d'annexes), très aérées et seulement partiellement inédites pour la modique somme de 50 USD représentent un tarif aux limites de l'acceptable. Le second est lié au choix des ouvrages étudiés en profondeur dont deux (le Clarke et le Sheffield) me semblent se situer aux marges de la Hard Science. Un esprit soupçonneux pourrait d'ailleurs penser que l'inclusion du texte sur Clarke (une assez banale histoire d'exploration lunaire proche de l'anticipation technologique) est due au fait qu'il s'agit d'une reprise d'un travail déjà effectué.

C'est malgré tout un ouvrage qui offre de nombreuses pistes de réflexion et d'interrogation sur un sujet problématique ("la Hard Science c'est quoi ?") à partir d'éléments factuels et historiques indiscutables.
Note GHOR : 2 étoiles
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24/08/2009
_Contrary modes : Worldcon 1985_
Contrary modes : Worldcon 1985 : Jenny BLACKFORD & Russell BLACKFORD & Lucy SUSSEX & Norman TALBOT : Ebony Books : 1985 : ISBN-10 0-9590655-2-0 : 155 pages (y compris bibliographie, mais pas d'index) : un livre à peu près introuvable (éditeur australien) d'un format A4 avec couverture souple.

Cet ouvrage australien rassemble des essais présentés lors de la convention mondiale de 1985 (Aussiecon Two) qui s'était déroulée cette année-là à Melbourne. C'est l'une des premières tentatives d'une publication universitaire 'locale' sur la SF puisqu'il n'existe guère de précédents à cet ouvrage si ce n'est The stellar gauge paru en 1980. On y retrouve les plumes habituelles du petit monde de la réflexion sur le genre en Australie avec des écrivains comme Turner ou Blackford, des spécialistes du cinéma comme Baxter ou des universitaires comme Van Ikin.

Ce recueil comporte dix essais de taille variable que l'on peut vaguement grouper en trois catégories. La première concerne "le monstre comme héros" avec quatre textes : un premier assez général sur concept qui commence avec les contes de fée ou Frankenstein, deux sur Wolfe et sa tétralogie (à l'époque) de Teur, une chose assez logique vu que celui-ci était l'hôte d'honneur (GoH) de la convention et un sur Stranger in a strange land. La deuxième partie (3 essais) dresse un panorama de la SF Australienne avec en particulier un focus sur les deux premiers Mad Max. Quant à la troisième partie (3 textes) elle revient à des 'aliens' plus proches de nous à savoir la partie féminine de l'humanité.

On ne peut pas dire que cet ouvrage soit profondément novateur avec son n-ième passage en revue des circonvolutions de l'oeuvre de Wolfe et son traitement du texte le plus connu de RAH. De la même façon, l'analogie faite entre les extraterrestres et les femmes où l'on en conclut que les premiers sont vus comme plus humains que les dernières était, même à l'époque, un sujet "bateau" et déjà présenté de façon plus brillante et convaincante par Russ et l'école féministe. Les vraies bonnes surprises sont plutôt à chercher du côté des analyses sur la SF Australienne qui permettent une vision 'de l'intérieur' d'une partie du genre qui possède des caractéristiques spécifiques. C'était là une des premières approches 'géographiques' qui culmineront avec le magistral Strange constellations.

On pardonnera aussi à ce pionnier un petit côté amateur, tant dans la présentation (une couverture d'un superbe orange pétant illustrée de collages surréalistes), que le format (probablement peu solide à l'usage) ou la mise en page. Un peu légers aussi sont l'absence d'index (gênante) et la bibliographie très aérée (moins d'une dizaine de titres). Il n'en reste pas moins que le contenu est du niveau de n'importe quelle publication universitaire consacrée au genre et offre parfois un regard neuf venu de l'hémisphère austral.
Note GHOR : 2 étoiles
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21/08/2009
_Concordance to Cordwainer Smith (Third edition)_
Concordance to Cordwainer Smith (Third edition) : Anthony R. LEWIS : NESFA Press : 2003 : ISBN-10 1-886778-25-6 : 189 pages (y compris bibliographie) : 13 USD pour un TP disponible chez l'éditeur (www.nesfa.org).

Ce livre est une concordance de l'oeuvre de Cordwainer Smith, c'est à dire un dictionnaire commenté et analysé des termes inventés qui apparaissent dans l'oeuvre de ce dernier et plus particulièrement dans le cycle de l'Instrumentalité. Cet ouvrage est la troisième version de cette concordance (la seconde était au format A4 avec reliure à spirale et faisiat plus 'amateur' tout en étant typique de la production NESFA de l'époque) initialement parue en 2000. Cet exemplaire est en plus une réimpression datant de 2003.

Publié par NESFA Press, un éditeur qui a l'intégrale de Smith à son catalogue, ce dictionnaire est un projet porté depuis de longues années (1968) par Lewis, un des experts sur cet auteur. Comme son nom l'indique, c'est un recensement alphabétique des termes inventés par Smith. Celui-ci étant un excellent linguiste, il a logiquement parsemé son oeuvre de nombreux noms inventés (lieux, personnages, objets, concepts et titres de nouvelles ou de recueils). Lewis les liste donc (de A'gentur à Yuen), les définit en quelques lignes, les localise dans l'oeuvre de Smith (dans quel(s) texte(s) les trouve t-on ?) et tente de déterminer leur origine (souvent d'une langue autre que l'anglais). A cela s'ajoute une chronologie de l'Instrumentalité et une bibliographie complète (en VO seulement) de C. Smith.

Travail de fourmi sur un des ensembles majeurs du genre, cet ouvrage est en priorité destiné aux amateurs de l'auteur. Pour eux, presque chaque nom (Shayol, Vomact, C'Mell, Mother Hitton) évoquera un souvenir de lecture et une parcelle de l'immense univers dépeint par Smith. Ils se délecteront des hypothèses de Lewis quand à l'origine possible des néologismes ou des noms propres. Ils seront ravis de la bibliographie quasi-définitive d'une oeuvre certes peu abondante mais assez complexe sous cet angle (changements de titres, fix-ups, recueils multiples...).

Les autres, ceux qui ne connaissent ou n'apprécient pas Smith, trouveront cette minutie un peu obsessionnelle et sans grand intérêt tout en se demandant quelle pertinence ont ces suppositions sur les intentions d'un auteur finalement assez mystérieux. Ils en ont tout à fait le droit.

Il est à noter que les lecteurs en VF ont aussi accès au travail de Lewis. Une première fois dans les éditions Presses Pocket du cycle (à la fin des années 80) où une sorte de dictionnaire était présenté à la fin du dernier tome, un glossaire non crédité à Lewis mais qui fleurait parfois bon le décalque pur et simple de la deuxième édition de cette concordance. Une seconde fois dans la collection Folio-SF en 2004 où cette troisième version est incluse dans le quatrième volume avec cette fois l'indication du véritable auteur (mais sans la bibliographie).

Note GHOR : 2 étoiles
09:17 | 09:17 | Index, dictionnaires & bibliographies | Index, dictionnaires & bibliographies | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (2) | Commentaires (2) | Tags : anglais, 2 étoiles, cordwainer smith | Tags : anglais, 2 étoiles, cordwainer smith
20/08/2009
_The complete critical assembly_
The complete critical assembly : David LANGFORD : Cosmos Books : 2002 : ISBN-10 1-58715-330-0 : 336 pages (y compris index) : coûtait 15 USD pour un TP qui semble assez facilement trouvable, y compris en neuf.

Ce livre contient l'ensemble des rubriques mensuelles (parues sous le titre général de Critical mass) de critiques de livres de SF écrites par David Langford pour une succession de magazines consacrés principalement aux jeux de rôle (White Dwarf, GM, GMI). Au total cela représente un ensemble de 101 chroniques initialement publiées entre 1983 et 1991. La totalité de ces textes sont parus dans deux précédents volumes (Critical assembly & Critical assembly II).

Chacune de ces colonnes fait à peu près trois pages de long et diffère de l'usage habituel des magazines SF en ce sens qu'elle couvre un grand nombre d'ouvrages (plus d'une dizaine) au lieu de se concentrer sur un nombre moins important. Il s'agit donc plus de notules de lectures que d'analyses en profondeur, le tout permettant de passer en revue un partie non négligeable de la production SF de ces années. Cette apparence d'exhaustivité est d'autant plus marquée que Langford ne se limite pas aux textes majeurs mais n'hésite pas à parler d'ouvrages que l'on pourrait qualifier pudiquement de 'moins ambitieux'. On remarquera qu'il passe aussi en revue les ouvrages de référence et les publications des small press. Pour s'y retrouver, un index est quand même fourni.

La lecture de cet ouvrage permet de retrouver le délicieux Langford habituel, un mélange d'expertise indiscutable, d'un humour parfois féroce mais aussi d'une grande tendresse pour le genre et ses pratiquants. C'est souvent assez jouissif à lire, particulièrement quand il se lâche un peu sur un livre qui semble le mériter, comme par exemple sa critique de Battlefield Earth. Il n'y a bien sûr pas que des critiques négatives dans cet ouvrage (même si elles en représentent un des attraits indiscutables) mais aussi des éloges ou des appréciations mesurées. C'est surtout l'occasion pour les lecteurs de ces magazines (non SF rappelons-le) de découvrir un panorama de l'ensemble du genre, avec ses multiples coutumes, ses textes majeurs et sa foule d'intervenants.

Cet ouvrage a aussi les défauts de ses qualités, à savoir que son approche pointilliste et extensive a tendance à morceler le discours de Langford et que les bons mots ou les piques brillantes peuvent parfois prendre le pas sur la réflexion plus sérieuse (réflexion que Langford maîtrise parfaitement). La solution est peut-être de lire ce livre par petites doses pour pouvoir savourer la voix de l'auteur. Il faut quand même noter que le choix de l'auteur de couvrir beaucoup de livres pas forcément excellents peut frustrer les lecteurs francophones qui seront souvent arrêtés par l'absence de VF de nombreux ouvrages discutés.
Note GHOR : 2 étoiles
11:44 | 11:44 | Recueils de critiques | Recueils de critiques | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, 2 étoiles, langford | Tags : anglais, 2 étoiles, langford
18/08/2009
_Comic inferno : The satirical world of Robert Sheckley_
Comic inferno : The satirical world of Robert Sheckley : Gregory STEPHENSON : Borgo Press (série "Milford - Popular writers of today" #66) : 1997 : ISBN-10 0-916732-61-4 : 114 pages : une bonne dizaine d'Euros pour un TP assez rare comme d'habitude, existe aussi en HC.

Robert Sheckley est un de ces auteurs qui sont en train de littéralement disparaître du paysage de la SF. C'est particulièrement vrai en France (malgré l'inédit sorti en 2007 chez Rivière Blanche) où il n'existe à peu près aucune édition postérieure à 2000 et cela l'est juste un peu moins aux USA où NESFA a publié deux gros recueils (un de romans et un de nouvelles) en 2002 et 2005. Il n'est donc pas surprenant de constater que cet ouvrage semble être le seul qui lui soit consacré.

Faisant partie de la série "Milford" de Borgo Press, cet essai est de la génération "tardive", à savoir celle des ouvrages nettement plus étoffés que les premiers puisqu'il offre le double de pages avec une police de caractère plus petite. On y retrouve l'organisation habituelle avec une chronologie de l'auteur, un court (cinq pages) premier chapitre à orientation biographique, cinq chapitres principaux de longueur variable (suivant la production parfois erratique de Sheckley) couvrant chacun une décennie entre 1950 et 1990, un chapitre consacré aux autres genres pratiqués par l'auteur (policier essentiellement) et une conclusion. Suivent deux bibliographies commentées, une primaire (qui liste que les livres) et une secondaire (qui ne recense logiquement que des articles ou des mentions).

Il est toujours très agréable de pouvoir lire une analyse sur un auteur comme Sheckley, tant il est caractéristique de la SF et même d'une frange si particulière du genre, celle de l'école Galaxy. On retrouve donc sous la plume de Stephenson tous les mythiques textes comme A ticket to Tranai ou The Laxian key, nouvelles savoureuses et maintes fois reprises. Mais l'auteur, qui pour une fois chez Borgo dispose d'une place suffisante, ne se limite pas à ces textes hyper connus et parcourt l'intégralité de la production de Sheckley en s'arrêtant longuement sur les romans de la période tardive de l'auteur. Il réussit même le tour de force de trouver des mots gentils à dire sur les ouvrages de la fin de la carrière de l'auteur (les expansions/sequels à The 10th victim ou les collaborations avec Harrison ou Zelazny).

Outre une certaine tendresse pour l'auteur qui rend parfois les jugements de Stephenson un peu trop tolérants, le gros point négatif de cet ouvrage est que, paradoxalement, le fait que la spécificité de Sheckley est intimement liée à l'histoire du genre n'est absolument pas mentionné. En effet, le génie de l'auteur n'a pu s'épanouir que dans le contexte propre à la SF des années 50-60, à savoir le seul espace de liberté où la publication de textes courts et percutants était possible. Tout cela est complètement passé sous silence par Stephenson qui ne parle que de Sheckley et absolument pas de l'environnement dans lequel il publiait. Il est d'ailleurs révélateur de voir que dans l'index, les noms Galaxy ou Omni n'apparaissent qu'une seule fois dans tout le texte (et encore dans la chronologie). On se demande bien comment on peut dissocier Sheckley de ces revues. Du coup, l'oeuvre de l'auteur, même si elle est longuement disséquée, donne l'impression fausse de sembler exister dans un vide absolu et se situer hors de tout courant historique de la SF.

C'est donc un ouvrage certes pointu sur l'auteur et son oeuvre mais qui fait hélas l'impasse sur le terreau fertile qui lui a permis d'exister. A ce titre, il est donc incomplet, ce qui ne peut que nuire à une perception exacte de la carrière et de la réelle place de Sheckley.
Note GHOR : 2 étoiles
09:15 | 09:15 | Etudes mono-auteur | Etudes mono-auteur | Lien permanent | Lien permanent | Commentaires (0) | Commentaires (0) | Tags : anglais, sheckley, 2 étoiles | Tags : anglais, sheckley, 2 étoiles

